Polémique autour du blocage de Tiktok : la liberté d’expression en danger

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La décision du gouvernement français de bloquer l’accès à TikTok en Nouvelle-Calédonie a suscité de vives réactions et de nombreuses critiques, notamment de la part de l’association La Quadrature du Net et de la Ligue des droits de l’Homme.

Ces organisations ont déposé un référé-liberté auprès du Conseil d’État, soutenant que cette mesure constitue une atteinte grave et injustifiée à la liberté d’expression en ligne.

Un contexte politique tendu

 

Cette décision survient dans un contexte particulièrement tendu en Nouvelle-Calédonie, où les relations entre le gouvernement français et les indépendantistes kanaks sont au point mort. Depuis trois ans, la région est en proie à une crise politique exacerbée par des changements controversés des règles électorales, perçus comme défavorables aux indépendantistes. La situation a atteint un point critique avec l’éclatement de violentes émeutes, ce qui a poussé le gouvernement à prendre des mesures drastiques, y compris le blocage de TikTok

Le Premier ministre Gabriel Attal a justifié cette décision en invoquant des préoccupations liées à la sécurité nationale. Selon lui, TikTok, dont la maison mère est chinoise, est utilisé pour diffuser de la désinformation et attiser les troubles sociaux, une situation amplifiée par des ingérences étrangères. Cependant, cette justification est perçue par beaucoup comme un prétexte pour restreindre la liberté d’expression et éviter de traiter les causes profondes de la révolte.

Des mesures autoritaires sous couvert d’état d’urgence

 

Pour mettre en œuvre cette mesure, le gouvernement a invoqué l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie, se basant sur une loi de 1955, amendée en 2017, qui permet de bloquer des plateformes en ligne en cas de menace terroriste. La Quadrature du Net et d’autres critiques soutiennent que le blocage de TikTok n’a rien à voir avec des contenus terroristes mais vise plutôt à réduire au silence une plateforme cruciale pour l’expression des manifestants.

Cette approche rappelle les déclarations du Président Emmanuel Macron à l’été 2023, qui avait alors exprimé son désir de pouvoir bloquer les réseaux sociaux en période de crise. À cette époque, la collaboration entre les plateformes et les autorités avait déjà été critiquée pour sa contribution à la suppression des contenus relatifs aux violences urbaines. Aujourd’hui, la censure de TikTok en Nouvelle-Calédonie est perçue comme une extension de cette stratégie autoritaire.

Réactions et critiques

 

Pour La Quadrature du Net et la Ligue des Droits de l’Homme, la véritable raison du blocage est d’empêcher la diffusion de contenus relatifs aux manifestations, une forme de censure déguisée sous des préoccupations de sécurité, restreignant la liberté d’expression, pourtant fondamental dans un Etat de droit.

Cette décision semble également contestable sur le plan de sa légalité. En effet, celle-ci pourrait être contestée sur la base de trois critères : sa prévision par la loi, sa nécessité et sa proportionnalité.

Au-delà de la légalité, la pertinence de cette mesure est également remise en question. La Nouvelle-Calédonie, avec son cadre juridique particulier et son éloignement médiatique, est perçue comme un terrain d’expérimentation idéal pour de telles mesures.

TikTok, de son côté, a exprimé ses regrets face à cette décision prise sans consultation préalable et a affirmé que ses équipes de sécurité surveillaient la situation de près pour assurer la stabilité de la plateforme. L’entreprise s’est déclarée ouverte à des discussions avec les autorités.

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